Très grande paire de vases piriformes en bronze doré et ciselé d'époque Empire, signés "THOMIRE À PARIS ".
Chaque vase s'ouvre sur un large col évasé à lèvre moulurée, orné d'une gorge lisse et d'une double bague. L'épaulement, légèrement bombé, est entièrement bruni à l'agate, créant un miroir de lumière qui contraste avec la matité du col.
De puissantes anses en console s'élèvent depuis l'épaulement pour venir s'enrouler au niveau du col en de larges volutes ornées de rosaces florales. Les attaches inférieures des anses prennent la forme de masques de Silène barbu, couronnés de feuilles de lierre et de grappes de raisin (attributs dionysiaques).
La barbe de chaque divinité est retravaillée brin par brin à la molette et au burin, offrant un contraste de texture saisissant avec la peau lisse du visage.
La frise centrale reprend ici "la danse des Bacchantes", réinterprétation directe du Vase Borghèse, un cratère antique en marbre du Ier siècle av. J.-C., aujourd'hui au Musée du Louvre, mais qui se trouvait à la Villa Borghèse à Rome jusqu'à son achat par Napoléon Ier en 1807 (D. Alcouffe, A. Dion-Tenenbaum et G. Mabille, Les Bronzes d'ameublement du Louvre, Dijon, 2004, n°138, pp. 276-277).
Une troupe de cinq Bacchantes (ou nymphes) drapées à l'antique, se tenant par la main, saisies en pleine transe chorégraphique.
La partie inférieure de la panse est soulignée d'une alternance de larges feuilles d'eau nervures et de rosaces réunies par de délicats rinceaux.
Chaque vase est supporté par un piédouche court, entièrement godronné, se terminant par une bague à feuilles d'eau.
l'ensemble repose sur un piédestal carré aux quatre faces ornées, en applique, d'une imposante couronne de laurier rubanée, symbole de gloire impériale et de triomphe.
Le socle se termine par une double plinthe, dont la partie supérieure est ciselée d'une frise de rais-de-cœur et de feuilles d'eau imbriquées.
Chacun(e)des bases, ou contre-socles est gravé(e)(s) "THOMIRE À PARIS ".
Ces vases sont d'une complexité d'assemblage rare. Ils ne sont pas fondus d'un seul bloc, mais constitués d'une quinzaine de sections de bronze indépendantes.
• Auteur : Pierre-Philippe Thomire (1751-1843), fondeur-ciseleur de l'Empereur.
Réalisée entre 1805 et 1815, cette paire de vases coïncide avec la période de gloire de la manufacture de Pierre-Philippe Thomire (située rue Boucherat à Paris). Devenus fournisseurs de la Cour Impériale, ses ateliers employaient alors jusqu'à 800 ouvriers. Ce modèle précis de vase "Médicis à frise de Bacchantes" figurait parmi les cadeaux diplomatiques les plus prestigieux commandés par Napoléon Ier pour les souverains européens ou pour meubler les palais impériaux (Tuileries, Saint-Cloud, Fontainebleau).
Nos vases s’inspirent d’un modèle antique avec leur corps ovoïde, des anses en rouleau terminées en volute, des palmettes et un décor appliqué de figures drapées. Ils sont à rapprocher d’une paire de vases conservée au Musée du Louvre (inv. OA 10220), dont un modèle similaire fut vendu chez Christie’s, Londres, le 20 janvier 2005 , lot 116.
Leur forme s’inspire d’un modèle d’Odiot pour une fontaine à thé qu’il avait présentée à l’exposition de l’an X (1801) et représentée sur le portrait de l’orfèvre par Robert Lefèvre en 1822 (Detroit Institute of Art, inv. 81.692).
Une paire de vases d’un modèle similaire aux nôtres fut vendue chez De Baeque et Associés à Lyon, le 9 mars 2019, lot 208. Leur décor est cependant légèrement différent, l’un représentant Ganymède et l’Aigle et l’autre Hébé et sa coupe.
La forme de ces vases a été largement déclinée par Thomire et l’on retrouve des exemplaires avec quelques variations dans le décor. Nous pouvons ainsi citer une paire de vases formant candélabres vendus chez Christie’s, Londres, le 7 juillet 2005, lot 405.
Une paire similaire, également signée "Thomire à Paris" est conservée au mobilier national sous le numéro d’inventaire GML 9808/001
Né à Paris, Pierre-Philippe THOMIRE (1751-1843) est le fils d'un ciseleur. Il reçoit une formation d'une qualité exceptionnelle :
Il étudie auprès des immenses sculpteurs Augustin Pajou et Jean-Antoine Houdon à l'Académie de Saint-Luc. Cette formation artistique explique la fluidité et la perfection anatomique des Bacchantes que l'on observe sur la frise de nos vases.
Il entre ensuite dans l'atelier de Pierre Gouthière, le plus grand bronzier-ciseleur du règne de Louis XVI, où il apprend la technique de la dorure au mat (dorure au mercure), un savoir-faire qu'il portera à son apogée.
En 1783, suite à la mort du bronzier Jean-Claude Duplessis, Thomire est nommé bronzier officiel de la Manufacture royale de Sèvres. Il est chargé de concevoir les montures en bronze doré qui ornent les plus prestigieux vases en porcelaine fine.
Si la Révolution française ruine de nombreux artisans d'art en raison de la disparition de la noblesse, Thomire traverse la période en se reconvertissant temporairement dans la fabrication d'armes.
Le véritable tournant de sa vie artistique et commerciale a lieu sous le Premier Empire.
En 1804, il rachète le fonds de commerce du marchand-mercier Simon Philippe. Il s'associe et fonde une manufacture d'envergure industrielle, située rue Boucherat à Paris. Très vite, l'entreprise emploie jusqu'à 800 ouvriers, une échelle inédite pour l'époque.
En 1806, lors de l'Exposition des Produits de l'Industrie, Thomire reçoit une médaille d'or. En 1809, il est nommé officiellement "Ciseleur de l'Empereur".
Napoléon Ier, désireux d'utiliser les arts décoratifs pour asseoir le prestige de son Empire, commande massivement à Thomire. L'artisan meuble les palais impériaux (les Tuileries, Saint-Cloud, Fontainebleau, Versailles). Parmi ses chefs-d'œuvre absolus, on compte :
-Le Berceau du Roi de Rome (fils de Napoléon), aujourd'hui conservé à Vienne.
-La table de toilette offerte par la ville de Paris à l'Impératrice Marie-Louise.
-D'immenses surtout de table, des candélabres et des vases Médicis monumentaux, dont le style correspond exactement à notre paire.
À la chute de Napoléon en 1815, Thomire réussit l'exploit de conserver la faveur des nouveaux dirigeants. Sa manufacture continue de produire pour les Bourbons (Louis XVIII puis Charles X) et prend le nom de "Thomire et Cie".
En 1823, à l'âge de 72 ans, Pierre-Philippe Thomire prend officiellement sa retraite et laisse l'entreprise à ses gendres et associés.
Il continue cependant de pratiquer la sculpture jusqu'à sa mort en 1843.
La maison Thomire fermera définitivement ses portes en 1852, sous le coup des changements de mode et de l'industrialisation massive du bronze.
Superbe état de conservation, avec une belle dorure d'origine, non nettoyée.
Signé "THOMIRE À PARIS " sur chaque base.
Époque Empire.
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THOMIRE À PARIS, Monumentale paire de vases signés, époque Empire.
DIMENSIONS
Hauteur : 68 cm
Largeur : 26 cm
Base : 19 cm / 19 cmLIVRAISON
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